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Données personnelles : l’APDP alerte sur les risques du numérique et appelle à la vigilance

La protection des données à caractère personnel est devenue un impératif dans un contexte de profonde transformation numérique. Que ce soit sur le portail des services publics au Bénin ou sur les réseaux sociaux, la protection des données à caractère personnel constitue désormais une préoccupation majeure. Au-delà du rôle de l’Autorité de Protection des Données à Caractère Personnel (APDP), chaque utilisateur doit également assumer sa part de responsabilité en veillant à la sécurité de ses informations personnelles, notamment sur les réseaux sociaux.
Me Luciano Hounkponou, Président de l'APDP

Demande du casier judiciaire, immatriculation d’un véhicule 4 roues et plus, demande d’extrait du registre de commerce et de crédit mobilier (RCCM), demande d’attestation fiscale, etc. Cette liste non exhaustive présente des services publics digitalisés en république du Bénin. Depuis plusieurs années, le Bénin a entamé une révolution numérique avec la digitalisation des services publics. Les e-services populaires sont devenues une réalité via plusieurs plateformes, notamment « Le Portail National des Services Publics ». Ils permettent aux citoyens d’effectuer des démarches courantes en ligne, de payer les taxes ou d’obtenir des documents officiels. Les plateformes dématérialisées réduisent considérablement les files d’attente et facilitent le quotidien des Béninois.

Cette dématérialisation s’appuie sur la protection des données à caractère personnel, dans un contexte où la recrudescence des cyberattaques expose les utilisateurs à des risques croissants. Interrogé à ce sujet, Me Luciano Hounkponou, Président de l’Autorité de Protection des Données à caractère Personnel a expliqué que : « tous les traitements de données personnelles mis en œuvre via les plateformes déployées sur le portail national du service public doivent en principe être systématiquement déclarés à l’APDP conformément aux articles 405 et 407 du livre cinquième du Code du numérique. » Il précise que l’Agence des Systèmes d’Information et du Numérique (ASIN), chargée de la sécurité des systèmes d’information de l’État, veille à ce que les responsables des plateformes mises en ligne sur le portail du service public respectent cette obligation de mise en conformité.

Le président de l’APDP indique également que l’institution effectue régulièrement des contrôles, aussi bien sur site qu’à distance et en ligne, afin de vérifier la conformité des traitements de données personnelles. En cas de manquement, les responsables concernés sont mis en demeure de régulariser leur situation, sous peine de sanctions prévues par la réglementation. Il souligne également que la majorité des traitements de données personnelles réalisés sur le portail national du service public ont déjà été déclarés auprès l’Autorité de Protection des Données à caractère Personnel.

Cybercriminalité sur les réseaux sociaux

La protection des données à caractère personnel ne se limite pas aux plateformes institutionnelles ou au portail des services publics. Chaque jour, des milliers d’internautes se connectent aux réseaux sociaux et y partagent de nombreuses informations, parfois sensibles, sur leur identité, leurs habitudes ou leur vie privée. Malheureusement, cette forte exposition numérique constitue une opportunité pour les cybercriminels qui exploitent souvent la négligence des utilisateurs ou leur manque de vigilance pour collecter, détourner ou utiliser frauduleusement ces données.

Les techniques d’usurpation d’identité numérique, d’hameçonnage et de manipulation psychologique figurent parmi les méthodes les plus utilisées pour piéger les victimes et compromettre leurs informations personnelles. A cela s’ajoute d’autres méthodes fréquemment utilisées par les cybercriminels telles que l’usurpation d’adresse électronique, l’usurpation de numéro de téléphone, la création de faux sites web destinés à récupérer des données confidentielles, les faux profils sur les réseaux sociaux utilisés pour manipuler ou escroquer les utilisateurs et le clonage de voix.

Ces différentes techniques sont souvent associées dans une même opération malveillante. Un cybercriminel peut, par exemple, enregistrer un faux nom de domaine, envoyer un message électronique imitant une organisation légitime, puis rediriger la victime vers un site frauduleux afin de récupérer ses identifiants. « Dans le contexte de la protection des données personnelles et de la cybersécurité, ces méthodes sont généralement regroupées sous les catégories d’usurpation d’identité numérique, d’ingénierie sociale et de techniques d’usurpation d’origine (spoofing) », a confié le président de l’Autorité de Protection des Données à caractère Personnel.

Face aux cyberattaques, la nécessité de mieux protéger ses données personnelles

Si pour l’écrivain Haruki Murakami, « le plus important est d’être toujours en mesure de se protéger soi-même », pour Me Luciano Hounkponou, « nul ne peut en réalité protéger nos données personnelles mieux que nous même ».  Mieux, poursuit-il : « nous devons adopter sur les réseaux sociaux, des comportements respectueux de notre vie privée et de la protection de nos données personnelles. Nous nous devons de nous éduquer numériquement et d’adopter une politique d’hygiène numérique. » Selon le président, son institution a conçu, à cet effet, un condensé de douze règles du numérique pour accompagner les citoyens, aussi bien les adultes, que la couche juvénile, pour une meilleure utilisation de l’outil informatique et de l’internet, y compris des réseaux sociaux. Il souligne qu’une présence en ligne sécurisée repose sur un équilibre entre protection, crédibilité professionnelle et liberté d’utilisation. « Une bonne stratégie consiste à considérer que tout ce qui est publié peut potentiellement devenir public un jour », a-t-il confié.

Il n’a pas manqué de formuler des recommandations : « séparer les usages professionnels et personnels, utiliser des mots de passe robustes, activer l’authentification à deux facteurs (2FA), maîtriser son identité numérique, limiter la publication des informations personnelles, paramétrer la confidentialité de votre machine ou appareils, rester vigilant face aux arnaques, maintenir ses machines ou appareils à jour, contrôler les autorisations des applications, construire une image personnelle professionnelle cohérente, prévoir la récupération de ses comptes et adapter son comportement selon les plateformes. » Ces recommandations peuvent aider les uns et les autres à réduire considérablement les risques de piratage, d’usurpation d’identité et d’atteinte à la réputation, tout en conservant une présence en ligne « utile et agréable, tant pour votre carrière que pour vos loisirs ».

D’un autre côté, l’utilisation des informations personnelles en ligne peut être envisagée selon trois niveaux. Le niveau public concerne les données accessibles à tous les internautes, comme les informations volontairement publiées sur des plateformes ouvertes. Le niveau privé regroupe les informations réservées aux proches ou aux personnes de confiance. Enfin, le niveau secret concerne les données les plus sensibles, notamment les documents d’identité, les coordonnées bancaires, les mots de passe ou les informations médicales. Ces éléments, selon le président de l’APDP, ne doivent en aucun cas être diffusés en ligne, sauf lorsque cela est strictement nécessaire et uniquement par l’intermédiaire de services fiables et sécurisés. En cas de violation de données personnelles, d’un vol ou d’une fuite d’informations, les victimes peuvent saisir l’APDP, même après avoir pris toutes les précautions nécessaires.

Michaël Tchokpodo