L’Afrique ne veut pas rester à la traîne au lancement de la 6G. Alors que plusieurs de ses pays poursuivent encore le déploiement de la 5G : le Congo, le Bénin, la Tunisie, l’Algérie, le Maroc, la Côte d’Ivoire, le Djibouti… l’Afrique amorce sa préparation à la sixième génération de technologie de réseau cellulaire (6G). Plusieurs Etats étudient les standards, les besoins techniques et les exigences réglementaires de la future technologie.
Objectif : anticiper la transition afin d’éviter les décalages constatés lors du passage à la 3G ou à la 4G, où de nombreux pays avaient pris plusieurs années de retard. Selon des informations concordantes, plusieurs ministères africains en charge du numérique ont déjà engagé des discussions avec les régulateurs, les opérateurs et des partenaires internationaux. Ces discussions permettront d’identifier les besoins prioritaires en infrastructures, en spectre radio, en fibre optique et en formation technique.
Nigéria, Rwanda… l’annonce est faite
Plusieurs pays africains ont déjà affirmé leur volonté à mieux préparer le déploiement de la 6G attendu à partir de 2030. Le Nigéria vise déjà la 6G afin de franchir une nouvelle étape dans sa révolution numérique. Cette grande ambition du pays a été révélée par Aminu Maida, vice-président exécutif de la Nigerian Communications Commission (NCC) au début de l’année 2025. Selon le responsable, l’adoption précoce de la 6G pourrait générer jusqu’à 1 milliard de dollars de recettes pour l’État. De son côté, le Rwanda prend une longueur d’avance en lançant ses premiers tests de réseau 6G en juin 2025.
Ce projet d’envergure, situé dans la Kigali Smart Zone, est mené en partenariat avec Ericsson, le Massachusetts Institute of Technology (MIT) et l’Autorité rwandaise des technologies de l’information (RISA). Grâce à ce projet d’envergure, le Rwanda devient le pays pilote mondial, à l’avant-garde de la connectivité du futur. Une partie du projet sera consacrée à la formation de 500 ingénieurs 6G d’ici 2027, en partenariat avec les universités rwandaises et le MIT. Cette formation permettra au pays de « ne pas se contenter d’être un client technologique, mais devenir co-producteur de la prochaine génération d’internet mobile. »
Outre ces deux pays, le Kenya et l’Afrique du Sud, sont en train de consolider leurs infrastructures technologiques. Ce qui les positionnera avantageusement pour adopter de nouvelles technologies comme la 6G à l’avenir. Au Bénin, les investissements réalisés ces dernières années dans la fibre optique, la digitalisation des services publics, le déploiement d’infrastructures modernes et la montée en puissance des centres de données constituent une base solide pour aborder l’avenir. Ces initiatives préparent l’Afrique à l’avènement de la 6G : être prêts à intégrer cette nouvelle génération dès que le marché mondial commencera à la démocratiser. Bien qu’aucune feuille de route spécifique à la 6G n’ait encore été officialisée dans plusieurs pays, les autorités mènent les réflexions et s’intéressent particulièrement aux questions liées à la modernisation des réseaux, à l’actualisation des cadres réglementaires, à la formation des ingénieurs et à l’accélération des partenariats public-privé.
Que promet la 6G ?
Des vitesses 100 fois supérieures à la 5G, une latence quasi nulle, et des capacités inédites d’interconnexion entre les humains, les objets et l’intelligence artificielle : c’est ce que promet entre autres la 6G attendue commercialement à partir de 2030. Ces performances ouvrent la voie à des applications de très haut niveau, comme la chirurgie à distance, la réalité augmentée avancée, l’intelligence artificielle embarquée, la surveillance environnementale ou encore la gestion autonome des systèmes urbains. Pour les experts africains, les enjeux sont considérables car ces avancées technologiques peuvent transformer l’agriculture, la logistique, l’éducation, la santé et l’industrie.
La 6G oui ! Mais les défis sont également de taille. En effet, elle vise aussi une plus grande efficacité énergétique, une fiabilité et une sécurité accrues, et une intégration de l’intelligence artificielle dans le réseau. Les réseaux de très haute capacité nécessitent une infrastructure énergétique stable, des backbones de fibre optique performants, des compétences techniques avancées et des investissements importants. Dans une Afrique où la 4G n’est pas encore généralisée et où la 5G reste un service peu ou pas accessible selon les localités, les opérateurs s’interrogent déjà sur les conditions de rentabilité d’une future transition vers la 6G. Le risque de fracture numérique pourrait s’accentuer si les zones rurales ne bénéficient pas d’un accompagnement adapté.
Il est donc nécessaire que les autorités compétentes mènent des réflexions bien nourries afin de relever les défis qui se pointent déjà à l’horizon avec l’avènement futur de la 6G. L’avenir numérique du continent dépendra de sa capacité à préparer dès maintenant les infrastructures, les compétences et les cadres réglementaires nécessaires. Une meilleure préparation permettra un meilleur déploiement de la 6G pour le bonheur des populations, notamment des utilisateurs. « Le meilleur moyen de prédire votre avenir, c’est de le créer », disait Peter Drucker, professeur, consultant américain en management d’entreprise, auteur et théoricien. L’Afrique a donc le devoir de créer son avenir avec la 6G.



