Mais il y est surtout question de médias : radio, Tv, écrite mais en transition numérique (ou pure Player). En acceptant ce poste, je n’avais pas pleinement mesuré l’ampleur des défis auxquels fait face notre paysage médiatique. À distance, en observant quelques plateformes en ligne, je me disais que la situation ne devait pas être aussi préoccupante. Puis j’ai plongé au cœur du secteur, avec l’engagement et la passion qui m’animent habituellement…
La transition numérique bouleverse profondément nos sociétés et nos économies. L’écosystème de l’information au Bénin n’y échappe pas. Pourtant, un acteur central en ressent vivement les secousses sans toujours parvenir à en saisir les opportunités : les médias traditionnels.
Alors que le numérique aurait pu devenir un levier d’innovation, de nouveaux modèles éditoriaux ou encore de diversification des revenus, il a surtout ouvert un boulevard à une génération d’influenceurs omniprésents, souvent plus populaires que qualifiés ; imposant une compétition rude aux médias. Résultat : l’équilibre de l’espace public est en pleine mutation.
Des risques mésestimés
Confier, volontairement ou par négligence, le pouvoir d’informer à des acteurs peu formés engendre un vide. C’est une fuite en avant et un risque immense pour l’espace économique, démocratique et social de nos pays. Ce vide professionnel et institutionnel alimente la désinfox, manipule les émotions, polarise l’opinion et peut conduire à des troubles publics réels. Dans un pays où les institutions se renforcent et où la cohésion sociale est cruciale, la prolifération de contenus non vérifiés devient un enjeu national.
Les maux économiques
Les rumeurs massives et non vérifiées et l’instabilité de l’information peuvent affecter la confiance des investisseurs, ralentir des secteurs entiers et fragiliser des entreprises exposées aux tempêtes informationnelles. La désinformation n’est plus simplement un problème médiatique : elle devient un risque systémique pour l’économie réelle.
Le glas de la presse libre et de l’information plurielle
Le marché publicitaire au Bénin reste atrophié, fortement concentré, et largement insuffisant pour soutenir un paysage médiatique de qualité. L’aide publique à la presse est quasi inexistante (sa relance a été annoncée en février passée), et la commande publique reste le principal oxygen provider… avec tous les risques d’indépendance que cela comporte.
Il est temps d’engager une refonte profonde du modèle économique et stratégique des médias béninois.
- Repenser les modes de monétisation face à la toute-puissance des plateformes ;
- Accélérer la formation aux métiers numériques et aux nouveaux formats ;
- Développer une véritable économie de l’information basée sur la qualité, la transparence et l’innovation ;
- Soutenir un cadre réglementaire qui protège le droit à l’information fiable, tout en favorisant l’essor de médias indépendants et durables.
Le futur de l’information au Bénin ne se jouera pas entre médias et influenceurs, mais entre rigueur et chaos informationnel. Nous avons une responsabilité commune : donner au citoyen les outils pour distinguer le vrai du bruit.



