« Remplir les têtes pour vider les prisons, informer les jeunes pour les sauver du piège de la cybercriminalité » : c’est le but de la campagne de sensibilisation lancée par le magistrat et auteur Charmant Rovinis Ouidodjitché à l’endroit des élèves des collèges et lycées du Bénin. Le CEG 3 et le collège privé « Cercle des Génies » ont reçu la visite du magistrat et de son équipe dans la journée du 08 mai 2026.
Durant une demi-journée de riches échanges, d’informations et de distribution d’ouvrages aux plus méritants, plusieurs centaines d’élèves ont été plus qu’aguerris et ont pris la résolution d’être dorénavant des messagers et ambassadeurs de la lutte contre la cybercriminalité dans leur milieu. Au Bénin, la jeunesse est à la fois un acteur et une victime du phénomène.
Tel un pèlerin, l’initiateur entend donc poursuivre cette campagne, étant persuadé que la prévention de ce phénomène est autant importante que la répression, au regard de la proportion de jeunes qui s’y adonnent et des conséquences de leur incarcération pour eux-mêmes et pour la société. Dans cette aventure, le magistrat a déjà impacté les villes de Parakou et d’Abomey.
A l’ère de la modernisation et de la digitalisation, la cybercriminalité s’intensifie de manière significative en 2026, notamment en Afrique, avec une hausse des pertes financières « dépassant 3 milliards de dollars entre 2019 et 2025 », rapporte ‘’le360’’ dans un article en date du 27 août 2025. Les cybercriminels utilisent l’intelligence artificielle et l’ingénierie sociale pour perpétrer des attaques sophistiquées, poussant les gouvernements, comme au Bénin, à renforcer leurs opérations de répression.
Alerter, dénoncer, sensibiliser et prévenir
A titre illustratif, le gouvernement béninois a créé l’Agence des systèmes d’information et du numérique (ASIN), dotée d’un département de cybersécurité. La répression a conduit à la création du Centre national d’investigations numériques (CNIN). Pour le magistrat, il faut commencer la sensibilisation dès le bas âge. Dans une interview accordée au média Cio Mag, il a affirmé qu’« en matière de cybersécurité, le maitre mot est la prévention. Il faut prévenir en éduquant les jeunes et en sensibilisant davantage les potentielles victimes sur les risques encourus par les uns et les autres. »
Il explique que l’éducation est basée sur les valeurs, les vertus est la première arme. « Il faut ensuite penser à dénoncer systématiquement les cyberarnaqueurs. L’on ne doit plus attendre les plaintes des victimes situées souvent à des centaines de kilomètres des cyberarnaqueurs et qui n’ont aucune information fiable sur leur situation géographique », a-t-il ajouté.
Par ailleurs, il appelle à des mesures plus sévères contre les cyberarnaqueurs : « Une fois les cyberarnaqueurs appréhendés, il faut penser à les déposséder complètement des ressources que leur procure l’infraction par les mécanismes de saisies, gel et confiscation. Il faut les réduire à chaque fois à néant pour qu’ils se rendent compte que la cyberarnaque ne paie pas et y renoncent. ». Conscient du fait que la criminalité zéro n’existe nulle part, le magistrat Charmant Rovinis Ouidodjiché reste convaincu « qu’avec un peu d’efforts, de volonté et de conscience, on peut renverser la tendance en endiguant cet égarement de la jeunesse. »
Cette vague de sensibilisations a été amorcée suite au lancement de son premier essai intitulé « Jeunesse ouest-africaine et cyberarnaque : un dévoiement incoercible ? » Pour l’auteur, cette œuvre littéraire n’est pas un ouvrage juridique, mais un document accessible au grand public pour alerter, dénoncer, sensibiliser et prévenir.



