Au Royaume-Uni comme dans plusieurs autres pays, le marché des moteurs de recherche est sous la dominance quasi totale de Google. Mais la donne peut changer au Royaume-Uni. En effet, au cœur de la proposition de la CMA, désormais ouverte à consultation publique jusqu’au 25 février, figure un droit clair accordé aux sites internet : pouvoir s’opposer à l’utilisation de leurs contenus par les fonctionnalités d’IA de Google, notamment les résumés automatisés affichés en tête des résultats de recherche connus sous le nom de “Aperçus IA” (AI Overviews).
Cette option d’opt-out (droit d’opposition) ne se limiterait pas à bloquer l’apparition des textes dans les synthèses IA, mais s’étendrait aussi à l’interdiction de les utiliser pour entraîner des modèles d’IA en dehors même du moteur de recherche. Google serait en outre tenu de garantir une attribution correcte des contenus dans les résultats générés, une réponse directe aux plaintes des éditeurs sur le manque de transparence.
Des éditeurs fragilisés par les résumés automatisés
Les médias et autres sites de contenu dénoncent depuis plusieurs mois les effets indirects de ces résumés IA. Ils estiment que les “Aperçus IA” captent l’attention des internautes sans les rediriger vers l’article original. Ce qui impacte directement les revenus publicitaires et le trafic organique. Cette situation est présentée par certains acteurs comme une forme de pillage de contenus, sans compensation ni reconnaissance.
La CMA justifie sa démarche par la domination écrasante de Google sur le marché britannique. Près de 90 % des recherches y sont effectuées via son moteur, ainsi que par l’importance économique du secteur, avec plus de 200 000 entreprises faisant de la publicité sur la plateforme.
Mesures complémentaires pour un marché plus équitable
Outre l’opt-out, le régulateur britannique propose plusieurs mesures destinées à renforcer la concurrence et la transparence dans les services de recherche : faciliter le changement de moteur de recherche par défaut sur les appareils des utilisateurs, garantir un classement plus équitable des résultats, avec des obligations de démontrer les critères retenus ; s’inspirer du Digital Markets Act européen, en encadrant plus strictement les géants du numérique.
Google a réagi aux propositions en soulignant la nécessité de préserver une expérience de recherche cohérente et non fragmentée pour les utilisateurs. L’entreprise affirme offrir déjà des outils de contrôle aux éditeurs, tout en explorant des mécanismes plus précis pour répondre aux attentes du régulateur. La décision finale après consultation sera suivie de près par l’ensemble des acteurs du numérique, car elle pourrait avoir des effets durables sur la régulation de l’intelligence artificielle et la viabilité économique des médias en ligne.
Elisée Anani



