Face à la hausse des fausses informations dans l’espace public béninois, le gouvernement a choisi de rappeler les sanctions pénales afférentes. Une réponse que l’organisation internationale Internet Sans Frontières (ISF) juge insuffisante. Pour Dr Qemal Affagnon, l’assainissement du cyberespace ne peut reposer uniquement sur la police, la justice et la répression. L’expert défend une approche fondée sur trois leviers : le droit, la technologie et l’éducation.
En effet, avec l’essor des réseaux sociaux, la désinformation s’est accélérée à « vitesse grand V », estime Dr Qemal Affagnon. Mais selon lui, la réponse ne peut se limiter à la sanction des auteurs présumés de fausses informations. L’expert d’Internet Sans Frontières pointe notamment les limites de l’article 550 du Code du numérique et des dispositions qui l’accompagnent. Il considère certaines notions, comme la diffusion de « fausses nouvelles » ou le « harcèlement électronique », comme suffisamment floues pour transformer la législation en « fourre-tout judiciaire ».
Cette situation ferait peser, selon lui, un risque sur la liberté d’expression et pourrait ouvrir la voie à des pratiques arbitraires ou à la censure. Il souligne également que la désinformation n’est pas uniquement le fait d’utilisateurs ordinaires des réseaux sociaux. Il estime que des acteurs politiques, au Bénin comme à l’international, peuvent eux aussi contribuer à sa propagation à des fins de propagande.
À cette problématique juridique, s’ajoute une question liée aux engagements internationaux du Bénin. Lors de son passage devant les Nations unies dans le cadre de l’Examen périodique universel (EPU), le pays s’était engagé à réformer certaines dispositions considérées comme attentatoires aux libertés. Pour Internet Sans Frontières, ces engagements restent à concrétiser. Pour sortir de ce que l’organisation considère comme une logique exclusivement répressive, Dr Qemal Affagnon défend une stratégie reposant sur trois piliers.
Pistes d’alternatives
La première concerne la réforme juridique protectrice. Internet Sans Frontières ne rejette pas le principe d’une législation contre la désinformation. L’organisation plaide cependant pour une réécriture de l’article 550 et des dispositions suivantes afin de définir avec davantage de précision les infractions et de mieux garantir la liberté d’expression. Dans cette approche, la loi doit protéger les citoyens et les journalistes plutôt que servir d’outil de dissuasion politique.
Le deuxième pilier repose sur la technologie et le fact-checking. Plutôt que d’intervenir principalement après la diffusion d’une information, ISF préconise de renforcer les capacités de vérification en amont. L’organisation propose notamment de démocratiser l’accès aux outils technologiques de vérification des faits au profit des médias et de la société civile. L’objectif est de pouvoir opposer au mensonge des éléments de preuve vérifiables.
Enfin, le troisième axe est l’éducation aux médias et au numérique. Pour l’organisation, la lutte contre la désinformation passe aussi par la capacité des citoyens à analyser les contenus auxquels ils sont exposés. Il s’agit notamment de leur permettre de distinguer la désinformation, présentée comme volontaire et malveillante, de la mésinformation, qui relève d’une diffusion involontaire d’informations erronées, et de développer le réflexe du croisement des sources. La démarche défendue par Internet Sans Frontières ne se limite pas à des prises de position. L’organisation indique avoir déjà organisé trois ateliers stratégiques destinés à faire avancer cette réflexion.
Pour Dr Qemal Affagnon, la lutte contre les fausses informations ne saurait donc se résumer à des mises en garde, des poursuites judiciaires ou des sanctions. L’alternative défendue par l’expert repose sur un équilibre entre protection juridique, outils technologiques et éducation citoyenne. Une approche qui vise à renforcer la résilience du public face aux contenus trompeurs tout en préservant les libertés fondamentales.



