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Identité numérique au Bénin : la révolution numérique face au défi de la protection des données

Du 16 au 30 septembre 2026, l’Agence nationale d’identification des personnes (ANIP), avec l’appui de l’UNICEF, permet aux enfants de moins de 14 ans n’ayant pas d’acte de naissance d’en bénéficier gratuitement. Une opération qui s’inscrit dans une transformation plus profonde de l’état civil béninois. Mais cette modernisation soulève la question épineuse sur la protection des données personnelles.

De l’acte de naissance à l’identité numérique au Bénin, le parcours est désormais possible grâce aux réformes engagées par l’État dans le domaine du numérique depuis plusieurs années. Dans la continuité des différentes actions, l’ANIP a célébré la Journée internationale de l’identité autour du thème « Mon identité, mon ombre. Jamais séparés », le 16 septembre 2026 à Parakou. La rencontre a notamment porté sur la modernisation de l’état civil, la lutte contre la fraude et l’usurpation d’identité, la cybersécurité et la protection des données personnelles. L’Agence a également annoncé la gratuité, jusqu’au 30 septembre, de la délivrance des actes de naissance aux enfants de moins de 14 ans qui n’en avaient jamais obtenu.

L’objectif affiché est de rapprocher l’identité légale des populations qui restent éloignées des services administratifs. Pour Qemal Affagnon, chercheur béninois spécialisé en communication numérique, droit du numérique et gouvernance de l’Internet, cette politique dépasse largement la délivrance d’un document administratif. « L’identité numérique (…) concerne donc un ensemble d’attributs enregistrés sous forme numérique, qui sont associés à une personne physique ou morale et qui permet d’établir et de vérifier l’identité de cette personne dans un environnement en ligne », a-t-il affirmé.

Cette évolution est déjà visible dans les réformes de l’état civil. Avec le guichet unique de déclaration des naissances, expérimenté depuis 2025 dans plusieurs formations sanitaires, la déclaration et l’enregistrement peuvent être réalisés au même endroit. Le Numéro personnel d’identification peut ensuite être généré et transmis au parent, tandis que l’acte de naissance sécurisé peut être obtenu en ligne.

Quand l’identité devient une infrastructure numérique

Cette transformation présente des avantages tels que la simplification des démarches, la réduction des déplacements, l’amélioration de la fiabilité des registres et une meilleure capacité de l’administration à identifier les personnes. Mais elle augmente également la quantité et la sensibilité des informations traitées. C’est dans ce contexte que la rencontre de Parakou a également permis d’aborder des questions sensibles liées à la vérification des documents et à la lutte contre la fraude à l’identité.

Ce rapprochement entre identité, cybersécurité et protection des données n’est pas anodin. En effet, selon l’ANIP, ses plateformes traitent des données à caractère personnel et ces traitements sont soumis à la réglementation béninoise, notamment au Code du numérique. Au Bénin, l’Autorité de protection des données à caractère personnel (APDP) rappelle notamment plusieurs principes applicables au traitement des données : respect de la finalité, pertinence des données, limitation de leur conservation, sécurité et confidentialité, ainsi que le respect des droits des personnes.

L’affaire Claude IA au Mali, un avertissement sur la valeur des données

La question de la protection des données prend une autre dimension avec les révélations publiées récemment par Anthropic sur l’utilisation de son intelligence artificielle Claude dans plusieurs opérations de surveillance. Dans son rapport de septembre 2026, l’entreprise américaine affirme avoir identifié et interrompu plusieurs opérations malveillantes impliquant Claude. Parmi elles, figure une opération au Mali dans laquelle un utilisateur de Claude aurait développé, pour les services de renseignement maliens, une plateforme baptisée Lakana 360.

Selon Anthropic, cette plateforme était conçue pour surveiller des millions d’abonnés mobiles. Elle pouvait notamment traiter des relevés d’appels, des SMS et du trafic vocal. Le système comportait également des fonctions d’identification par la voix, de suivi entre différentes cartes SIM, de listes de surveillance et de rapprochement avec le registre biométrique national et d’autres registres publics. « On apprenait qu’un utilisateur du produit d’intelligence artificielle d’Anthropic a participé à la conception d’une plateforme du nom de Lakana 360, une plateforme capable de traiter des données issues d’environ 25 millions de cartes », explique Qemal Affagnon.

Son analyse va cependant au-delà de la seule question de l’intelligence artificielle. « Les données personnelles sont en train de devenir de véritables ressources au cœur d’une économie numérique qui est en train de prendre corps », a-t-il affirmé. L’affaire malienne illustre précisément cette évolution. En effet, les données ne sont plus seulement des informations administratives stockées dans des bases. Agrégées, croisées et analysées, elles peuvent permettre de produire de nouvelles informations sur les individus : leurs communications, leurs déplacements, leurs relations ou encore leurs comportements. L’un des éléments les plus importants du rapport d’Anthropic réside dans la persistance du système après l’intervention de l’entreprise.

Anthropic indique avoir banni le compte utilisé pour développer Lakana 360 et renforcé ses mécanismes de détection. Mais la société précise également que son intervention n’a pas permis de désactiver la plateforme déjà déployée localement.  « Anthropic précise bien que couper l’accès à son IA n’a pas suffi à supprimer les outils qu’il a permis de conduire et que ces outils aujourd’hui continuent de fonctionner à l’heure actuelle au Mali », explique Qemal Affagnon.

Au Bénin, la modernisation doit aller avec la protection

Le Bénin poursuit aujourd’hui la modernisation de son état civil et de son système d’identification.  La journée internationale de l’identité est célébrée en référence à la cible 16.9 des Objectifs de développement durable, qui vise à garantir une identité juridique à tous d’ici 2030. Cette journée traduit l’ambition du Bénin d’aller plus loin, avec l’objectif national d’atteindre cette cible dès 2028. 

La dynamique répond à un besoin réel. L’absence d’acte de naissance peut compliquer l’accès à différents droits et services. Mais plus le système devient intégré, plus la question de la sécurité devient centrale. « Les sujets abordés lors de la rencontre de Parakou tels que la lutte contre la fraude, la cybersécurité et la protection des données personnelles viennent s’inscrire dans ce cadre élargi de politique publique et aussi dans ce virage qu’a pris le gouvernement à travers plusieurs actions numériques », a confié Qemal Affagnon.

L’enjeu n’est donc pas d’opposer identité numérique et protection des données. Les deux doivent progresser ensemble. Une identité fiable doit pouvoir être vérifiée sans devenir une porte ouverte à une surveillance disproportionnée. Une base de données performante doit être sécurisée contre les intrusions, mais également encadrée juridiquement quant à ses usages. Et une administration numérique doit pouvoir expliquer aux citoyens quelles données elle collecte, pour quelles finalités et avec quelles garanties.

L’identité comme droit, la donnée comme responsabilité

La campagne actuelle de délivrance gratuite des actes de naissance rappelle une évidence : sans identité légale, une partie de la population risque de rester en marge des services publics et de certains droits fondamentaux. Mais l’autre face de cette évolution est tout aussi importante. Plus l’identité est numérisée, plus les données qui la composent acquièrent une valeur stratégique.

« Dans ce contexte, les données deviennent des ressources essentielles pour l’économie numérique et certains acteurs dans ce secteur d’activité accordent une importance particulière à contrôler ces données », dixit Qemal Affagnon. L’affaire révélée par Anthropic au Mali montre jusqu’où peut aller le croisement de données lorsqu’il est associé à des capacités technologiques avancées. Elle rappelle surtout qu’une donnée personnelle n’est jamais anodine lorsqu’elle peut être reliée à une identité, à une localisation, à une communication ou à un autre registre.

Au Bénin, alors que l’État accélère la construction d’une infrastructure numérique d’identification des personnes, l’enjeu devient plus préoccupant. Il ne s’agit plus seulement de savoir si chaque citoyen possède une identité reconnue par l’État, mais aussi de savoir si cette identité numérique est suffisamment protégée pour rester au service du citoyen.

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