En 2024 et 2025, les interruptions répétées dInternet ont non seulement restreint l’accès à l’information, mais aussi ralenti l’essor d’une économie numérique pourtant présentée comme un levier majeur de développement. L’UNESCO s’est dite préoccupée par la multiplication des coupures d’Internet décidées par certains gouvernements, notamment lors de périodes électorales ou de tensions politiques. En effet, dans une déclaration rendue publique le 21 janvier 2026, l’organisation a rappelé que l’accès au réseau constitue un pilier de la liberté d’expression et un fondement essentiel de la participation démocratique. Cette alerte s’inscrit dans un contexte mondial préoccupant. Selon l’ONG Access Now, citée par l’UNESCO, au moins 300 coupures d’Internet ont été recensées dans 54 pays au cours des deux dernières années, faisant de 2024 l’année la plus sombre depuis 2016 en matière de restrictions numériques.
Au-delà des enjeux démocratiques, l’impact économique de ces interruptions est considérable. Le rapport Global Cost of Internet Shutdowns 2024 publié par la plateforme britannique Top10VPN estime à 1,56 milliard de dollars les pertes subies par l’Afrique subsaharienne en 2024. Si ce chiffre marque une légère baisse par rapport à 2023 (1,74 milliard de dollars), il confirme la persistance d’un manque à gagner structurel. En outre, 32 938 heures de coupure ont été enregistrées dans la région, affectant 111,2 millions d’internautes. Le Soudan concentre à lui seul près de 72 % des pertes régionales, avec un coût estimé à 1,12 milliard de dollars, dans un contexte de conflit et de restrictions prolongées. L’Éthiopie (211,2 millions) et le Kenya (75 millions) figurent également parmi les pays les plus touchés, sur fond de tensions sécuritaires et de contrôle de l’information.
Sécurité nationale, la réponse des autorités
Pour justifier ces coupures d’internet, les autorités invoquent généralement des impératifs de sécurité nationale, de maintien de l’ordre public ou de lutte contre la désinformation pour justifier ces mesures. Dans la pratique, elles prennent la forme de blocages ciblés des réseaux sociaux, de ralentissements volontaires du débit ou de coupures totales. Pour l’UNESCO, ces choix dépassent largement la question de la connectivité. L’organisation évoque la fragilisation de l’écosystème médiatique, le blocage du travail des journalistes et la favorisation à la circulation de rumeurs et d’informations non vérifiées.
De plus, ces coupures affectent des droits connexes, tels que l’accès à l’éducation, les services financiers numériques ou la liberté de réunion, tout en sapant la confiance dans l’environnement digital. Alors que de nombreux États africains misent sur le numérique pour stimuler la croissance, renforcer l’inclusion financière et moderniser les services publics, la répétition des coupures apparaît de plus en plus paradoxale. Selon Top10VPN, les pertes sont calculées à partir du PIB numérique, de la durée des interruptions et du nombre d’utilisateurs touchés, révélant un impact direct sur les entreprises, les opérateurs télécoms et les recettes publiques. Cette situation place l’Afrique face à un choix stratégique : préserver un contrôle à court terme ou garantir une connectivité durable, indispensable à la démocratie, à l’économie et à la confiance numérique.



